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Non, je ne suis pas une gardienne.

Dernière mise à jour : 21 août 2020

Je suis ÉDUCATRICE. Je suis éducatrice et fière de l’être. J’ai choisi de consacrer ma carrière aux enfants et à leur développement. Non, je ne suis pas une gardienne. Du lundi au vendredi, je suis la personne qui «prend soin de» et qui éduque. C’est d’ailleurs ça la définition d’une éducatrice: «Personne qui s'occupe d'éducation, qui donne l'éducation.» C’est aussi le nom donné à la formation: Technique en éducation à l’enfance. Que ce soit en milieu familial ou en installation; c'est le même titre. ÉDUCATRICE (ou éducateur, évidemment).


Encore à ce jour, je suis parfois mal à l’aise de me présenter en parlant de mon travail, car je sais bien qu’aux yeux de bien des gens, je GARDE des enfants. Je travaille de la maison: j’ai le temps de faire mon lavage et souvent mes soupers sont prêts. Je ne dépense pas de sous en essence, je n’use pas ma voiture et je ne suis jamais coincée dans le trafic. Oui, tout ça est vrai, mais c’est tellement plus que ça. Je me lève tôt pour préparer ma journée avec les enfants, pour laver les lits des enfants, pour préparer le dîner des enfants, pour préparer les bouteilles d’eau et je me couche tard pour planifier des activités, pour répondre aux messages des parents, faire ma comptabilité... On le dit souvent et je ne veux pas comparer le métier avec les autres, mais lorsqu’on fait le choix d’être éducatrice, il ne faut pas compter les heures. Jamais. Sinon le salaire horaire passe rapidement sous la barre du salaire minimum. Si vous aviez l’opportunité de passer une semaine dans le rôle d'une éducatrice, vous auriez peut-être envie de faire quelques soirs de voiture coincé dans le trafic. Non pas parce que je n’aime pas mon travail, au contraire, je suis en amour avec les enfants qui fréquentent mon milieu et je sais que j’exerce mon travail avec professionnalisme et dévouement. Mais seulement pour faire évoluer la perception entourant la profession, je serais prête à accueillir une paire de yeux et de bras (on en manque tout le temps) pour mettre un terme aux stéréotypes dépassés qu’on entend encore trop souvent et qui nous rendent toutes mal à l’aise, voir diminuées en raison de notre travail mal perçu ou pas assez reconnu.



Je sais bien que dans la majeure partie des cas, le mot «gardienne» est utilisé comme une formalité qui est restée coincée avec l’ancienne vision des services de garde et que les parents utilisateurs de service sont soucieux de chercher une éducatrice et non une gardienne. MAIS il n’en demeure pas moins que lorsque je mentionne ce que je fais dans la vie, aux yeux de bien des gens je suis une GARDIENNE. Ce mot me fait friser les oreilles, littéralement. Je le trouve réducteur de l’ampleur de la tâche colossale que nous réalisons jour après jour. Être éducatrice, c’est bien plus que de garder des enfants, c’est:


  • Les observer, les décoder, les guider dans leurs sphères développementales essentielles à leur développement global: la motricité globale, la motricité fine, l’aspect socio affectif, le langage, la reconnaissance et l’affirmation de soi, les relations avec les autres...x6

  • Respecter leur rythme développemental, leur donner des défis selon leur âge et accueillir leurs différences… x6

  • Les écouter, les rassurer, les encourager et les accompagner dans la découverte et la compréhension de leurs émotions...x6

  • Stimuler, stimuler, stimuler, stimuler….x6

  • Préparer des activités variées, adaptées et amusantes à l’année

  • Prévoir des collations et des repas équilibrés, variés et santé (deux collations par jour et un dîner)

  • Gérer des relations avec des enfants oui, mais aussi avec les parents qui doivent se sentir en confiance (deux parents par enfant de façon générale = 12 adultes)

  • Mettre de la crème solaire sur 6 corps (12 bras, 12 jambes, 6 visages) deux fois par jour (vous imaginez!)

  • Renforcer ce qui est en apprentissage à la maison et employer ces connaissances au sein d’un groupe: les formes de politesse (comme répondre quand quelqu’un parle, dire s’il vous plait, merci… ), la capacité à attendre son tour, rester assis à table, ranger lors qu’un jeu est terminé, s’habiller, la propreté, aller à la salle de bain seul, se laver les mains, et j’en passe… x 6.


Je pourrais vous expliquer mon point de vue sur les heures de sieste, mais c’est un débat qui ne vaut plus la peine d’être mené. Ce moment n’est rien d’acquis et trèèèèès variable. Ce n’est que rarement une vraie pause. Un pipi pressant, un accident dans le pantalon, une intégration, un enfant qui ne dort pas et qui dérange le groupe, une rencontre, de la planif, du ménage, de la vaisselle (rien de lié aux activités personnelles là, juste pour le service de garde)...


En moyenne 40 heures par semaine, ces éléments sont travaillés quotidiennement. À travers des ateliers dirigés, des jeux libres, des jeux extérieurs, des jeux autonomes, l’éducatrice de votre enfant fait office de référence pour le guider, et de figure de sécurité et d’attachement (allez lire sur le sujet.. le rôle des figures d’attachement est essentiel et primordial à développer, et ce, dès la naissance des enfants). Juste ça, c’est déjà beaucoup, non?


L’éducatrice de votre enfant N’EST PAS UNE GARDIENNE. La gardienne, c’est celle que tu paies 5-6-7$ de l’heure quand tu veux aller souper et que tu laisses gâter les enfants en leur donnant des bonbons et en leur donnant des permissions spéciales. L’éducatrice prend en charge l’éducation et le développement des enfants, pendant des ANNÉES. C’est elle qui vit le terrible two, le threenager, le fucking four à temps plein, le sourire aux lèvres et les bras et le coeur grands ouverts.


Je suis éducatrice. J’aime mon métier par dessus tout, mais je ne garde pas; j’éduque.


Ma mission: faire en sorte que les enfants arrivent et quittent le service de garde heureux, fatigués de s’être trop amusés et épanouis dans leurs nouvelles connaissances. Qu’ils se réalisent, soient fiers d’eux et qu’ils fassent leur petit bout de chemin vers la grande école en s’amusant: c’est pas rien!!


Pour terminer, rappelons-nous que les éducatrices proposent des services de garde. Contre des sous oui, mais c’est un service qui vous est offert. Votre éducatrice est la seule et unique responsable de son service: c’est elle qui met sur papier ses règlements et qui décide de son horaire, de ses vacances, du menu, des activités, etc. Trop souvent on entend des histoires dont les parents confondent leur rôle avec ceux de l’éducatrice et croient qu’ils sont le patron, sous prétexte qu’ils paient? C'est non. Nous sommes humaines, et selon moi, parfois presque des SUPER HUMAINES et les parents bénéficiaires sont des clients. C’est raide, mais c’est ça; des clients. Tu paies pour un service. Il ne te convient pas? Personne ne t'oblige à rester... En tant que parents, nous n'avons pas de contrôle à exercer sur les éducateurs/les enseignants de nos enfants, mais nous avons le pouvoir de les sortir d'une situation ou d'un milieu qui ne leur permet pas de s'épanouir en toute sécurité et selon des valeurs opposées aux nôtres. Toutefois, je suis la première à prôner la communication, car tout se dit si les mots sont bien choisis et que le respect est au cœur des échanges.


Et pour tous les parents qui apprécient leur éducatrice, merci de nous aider à faire évoluer la mentalité des gens et qu’enfin nous soyons reconnues à notre juste valeur!


Marilou, éducatrice de plus en plus assumée, mais toujours aussi fière.


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